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Drapeaux gris – CAPC Bordeaux

By on 8 janvier 2016, in Textes

Drapeaux gris

Le CAPC-musée d’Art contemporain de Bordeaux présente « Drapeaux gris ». Après un passage à l’été 2006 au Sculpture Center de New York, cette exposition prend une nouvelle envergure dans la grande nef voûtée du CAPC, ancien entrepôt de denrées coloniales. Le titre de l’exposition donne le ton : antagonisme entre le défini, le signe évident et universel qu’est le drapeau, et le flou, le subjectif, l’entre-deux qu’est la couleur grise. Les artistes exposés, de renommée internationale, Piero Golia, Tacita Dean, John Armleder… jonglent ainsi avec les codes habituels de l’art, des institutions, des « prêt-à-penser » et cherchent à nous déstabiliser.

Les œuvres jouent sur le bruit et le silence, le plein et le vide, le structuré et le déstructuré, l’inversion des codes sexuels et sociaux. Il faut savoir décoder, traduire car l’évidence de sens n’est jamais systématique. L’immense espace d’exposition dévolu à « Drapeaux gris » a été volontairement plongé dans la pénombre à l’exception des œuvres qui sont mises en valeur par de puissants spots ou qui sont elles-mêmes des sources lumineuses.

Le Strike de Claire Fontaine en est un exemple : les lettres STRIKE, fabriquées en néon et accrochées à quelques mètres du sol, sont équipées d’un détecteur de mouvement « inversé » qui ne fonctionne que lorsque le spectateur est statique. L’œuvre ne s’illumine, et donc n’existe, que si celui qui regarde est suffisamment absorbé par ce qu’il voit pour être immobile. Cette installation, comme toutes celles qui sont présentées au CAPC, s’attaque à cette problématique centrale dans l’art, déjà posée par l’Urinoir de Marcel Duchamp : comment appréhender une œuvre d’art et qui la définit comme telle ? L’artiste ? Le spectateur ? Les commissaires d’exposition, Antony Huberman et Paul Pfeiffer, ont pris le parti, revendiqué, d’une exposition sans thématique précise, se voulant essentiellement le reflet d’un esprit, d’une ambiance, d’un ressenti. Si cette orientation n’enlève rien à la qualité des pièces exposées, elle est déroutante : le spectateur est perpétuellement obligé de se remettre en question, à la recherche (parfois en vain) d’un fil rouge entre les œuvres exposées.

Les commissaires nous avaient prévenu : « Vous verrez, l’exposition commence quand vous sortez ».

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