Kate LYDDON

By on 1 avril 2016, in Non classé, Textes

Pour sa deuxième exposition personnelle en France, la jeune artiste anglaise âgée de trente ans, Kate Lyddon, présente à la Da Prato Gallery un nouveau corpus de peintures, sculptures et dessins.

L’exposition Heroes and Villains nous convie à découvrir l’univers étrange et déroutant de cette artiste précoce et talentueuse.

Le travail de Kate Lyddon est dense et ses moyens pluriels. Kate Lyddon peint, dessine et sculpte. Elle donne corps et insuffle vie à tout un petit théâtre du banal, à une ronde de personnages grotesques et drôles. Une comédie satirique où marionnettes grimaçantes et touchantes évoluent dans une mise en abîme douce-amère du quotidien.

L’apparente naïveté formelle de l’artiste, sa touche et son geste enfantin, prodigue à son travail une puissance exacerbée. La notion de double jeu et d’ambivalence est au cœur de son travail.

Kate Lyddon Boy meets girl sharp

Le monde du théâtre, du cirque, des masques, de la duperie non révélée est ainsi omniprésent, ou comment mieux s’inventer « autre », effacer, tricher et brouiller les pistes.

Il y une grande contemporaneité dans le travail de l’artiste. Son œuvre se nourrit de l’homme d’aujourd’hui. Elle met en scène la fragilité des êtres, nous parle du pathétique et du touchant de nos actions et de leurs conséquences inévitables.Une célébration de l’humain dans toute la palette du Je.

L’artiste tend à cerner et à rendre compte de l’énergie déployée dans ce jeu et enjeu incessant de l’interaction, de la communication et de l’altérité. L’histoire que l’artiste nous donne à voir est celle universelle et intemporelle de l’homme, de sa difficulté à appréhender le quotidien. Tout ce qui démystifie nos gestes, nos actes.

La volonté picturale de Kate Lyddon est de jouer sur ce décalage corrosif et audacieux, souligner avec humour ce qui constitue nos vies, nos travers : simples accidents de la vie.

Il y a une une multiplicité plastique dans son travail, l’artiste use de nombreux matériaux tels que la céramique, le carton, le velours. Une maîtrise énergique de la touche et une saturation des couleurs. Le geste est à la fois leste dans ses aplats et méticuleux dans le rendu de ses personnages.

Comme dans sa toile « Got a lot better » (2011) les personnages sont souvent disloqués, démembrés, les têtes dévissées, mais tout cela sans aucune morbidité excessive. Le tout demeure véritablement enchanteur.

La richesse sémiologique de ses toiles fait écho aux cadavres exquis des Surréalistes,on pense à Marx Ernst et à ses collages qui font cohabiter mort, sexe et enfance.
Sous des coulures et des aplats explosifs, la chair éclatée nous fait penser un instant à Bacon, côtoyant un univers juvénile à la Lewis Caroll où les lapins pourraient être poursuivis.

Son travail reflète quelque chose de primal,d’instinctif. La violence,le désir,l’amour toutes ces choses qui nous minent et nous animent, au cœur de nos existences et de nos inconstances.

Très souvent l’artiste investit l’espace pictural de ses toiles par des « mots-totems » : des Love, True, Stay Together sibyllins et acidulés qui viennent nourrir et donner du référent à certaines scènes.

L’artiste joue en permanence sur ce double sens. Sur ce paradoxe qui mêle étroitement à la fois la force, la violence et la fragilité de l’homme. A la lumière crue de ses pinceaux toutes les faiblesses qui au final demeurent des richesses. Faisant fi de tout manichéisme, elle nous dévoile la force dans la faille .

Tout le talent de l’artiste réside dans cette puissance évocatrice et dans cette capacité à réveiller délicatement tout ce monde de possibles.

Heroes and villains, héros et bandits.Dépeindre le vainqueur et le vaincu, sur l’échiquier du jeu de la vie. Clivage entre le bien et le mal, le vice et la vertu, ce fragile arpège joué à chaque instant. Louvoyer et être sur la corde raide. Ni tout à fait héros ni tout à fait voyou en somme.

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