Gilles OLRY

By on 14 avril 2016, in Textes

Après une exposition au printemps à la Galerie GM à Montpellier, l’artiste exposera prochainement à l’Académie des Beaux-Arts de Moscou. L’occasion d’une plongée dans l’univers unique de Gilles Olry, artiste dont la spontanéité foutraque et hyper inventive, qui cultive avec ironie une sorte de primitivisme décapant qui s’oppose aux lourdes conventions en cours de l’art minimal ou conceptuel.

De prime abord une confusion, un moment de flottement, pour qui ne prendrait vraiment le temps, introspectif et nécessaire, à la pleine compréhension de l’univers jubilatoire et résolument moderne de Gilles Olry.

L’artiste est un agitateur de conscience, de ceux qui dans l’ombre et sans bruit nous donnent à voir et surtout à penser, se repositionnant dans le sens véritable de l’art, celui trop rare qui questionne et s’éloigne définitivement du politiquement correct.

Gilles Olry met à mal dans une jouissance non feinte les codes normatifs et académiques de la peinture traditionnelle, dépoussiérant les prêt-à-penser de l’histoire de l’art.

L’artiste travaille des compositions primitives et étranges, décalées et complexes. Il fait alors de ses toiles chaotiques des jeux de piste, des pages blanches où désirs, angoisses et humour noir se côtoient dans un maelstrom transgressif et farfelu. Ses peintures sont labyrinthes et recherches expérimentales.

Dans un réseau dense et complexe fait d’une multitude de signes et de références à décrypter, le spectateur devient alors acteur. Olry dessine tout autant qu’il peint, la pratique du dessin permettant une écriture peut-être plus spontanée et impulsive que le peinture ne le permet.

Techniquement le geste est ample et puissant. La couleur vibrante, en tension. Reliquat de ces nombreuses années d’abstraction l’artiste entretient un mélange de styles singulier où souvent l’abstraction flirte avec la figuration.

Cette esthétique expressionniste nous rappelle la force picturale d’un Nolde pour la richesse et la profusion des couleurs ou encore celle d’un Basquiat pour cette veine décalée et punk très prégnante dans le travail de l’artiste. L’homme nous parle de l’histoire de l’art et de l’imagerie qui in fine infuse son travail : la noirceur de Goya, l’absurde incisif des Dadas et de Duchamp, la peinture et les mythes eschatologiques de Jérôme Bosch.

Parallèlement à cela une culture plus pop, humoristique et alternative l’anime aussi : la bande dessinée, le cinéma et la télévision.

De ce grand melting-pot dense et bigarré naissent des toiles où les thèmes de l’enfance, de la mort ou encore d’une sexualité crue et sans fards sont récurrents. Sous un style impulsif, drôle et léger, Gilles Olry orchestre en sourdine un monde cynique et sans concessions où se cristallisent les pulsions et les névroses les plus enfouies.

L’artiste brocarde les vices de notre société contemporaine et consumériste. Il interroge et fustige ce flot incessant d’images qui nous entoure. Il joue sur les apparences et la signification véritable des choses par un nivellement de propos, par un jeu permanent de double sens et de de double fond qui se traduit par cette perte de repères et de signification automatique que l’on peut ressentir dans sa peinture.

Ainsi, l’artiste questionne habilement sur ce qui fait sens. Dans un temps d’indigestion visuelle, de matraquage d’images et de remplissage permanent la pulsion scopique prend le pas sur une pensée plus mûrie et réflexive. Quel sens véritable et tangible peut alors prendre une image par rapport à une autre ? Quel es le garde fou, la caution morale sur la valeur, l’impact et surtout le sens d’une image?

Baudrillard parle d’une prolifération excessive de sens, d’une usure de la signification par son excès.

Gilles Olry de façon cathartique sollicite dans sa peinture notre capacité à évaluer la juste valeur des choses. Noble enjeu.

Head Shop Gilles Olry

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PARCOURS

Gilles Olry est né en 1956 à Saint-Germain-en-Laye, il vit et travaille dans les Pyrénées Orientales. Artiste autodidacte, pratique le dessin depuis l’enfance, le poursuit avec rage pendant l’adolescence, fait ses premiers pas dans les fanzines sur les traces de Reiser, Topor, Choron. Il découvre l’art contemporain et tombe dans la peinture dès les années 1980. Longue période dans l’abstraction puis retour au figuratif.

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