Edouard TAUFENBACH

By on 22 septembre 2016, in Non classé, Textes

Publication Edouard Taufenbach / Galerie Noorforart Contemporary, Dock Art Fair, septembre 2016

Les oeuvres de l’artiste Edouard Taufenbach se jouent des codes plastiques et visuels en nous plongeant dans un travail hypnotique. Une savante harmonie entre modernité et passé, à la lisière de l’abstraction et de la figuration. Une photographie conceptuelle nous questionnant sur la mémoire, la trace et le pouvoir de l’image.

L’artiste va élaborer une construction origamique de son œuvre, numérisant et multipliant des vieilles photos désuètes, découpant et collant ces images sur lesquelles il va peindre par glacis et transparences. La forme va devenir fragmentation et ainsi se démultiplier à l’infini, tel un kaléidoscope.

Le regard est aimanté par ce mouvement dynamique et labyrinthique, entrelacs de facettes colorées abstraites et de représentations figuratives de portraits en noir et blanc. Le portrait devient ainsi un motif décoratif se répétant ad libitum.

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Edouard Taufenbach « AA-IV »

Les formes sont architecturales telles des maquettes miniatures, nettes et géométriques, et l’oeuvre devient un jeu visuel.

L’hommage au père de l’op’ art Josef Albers dans les recherches chromatiques et géométriques autour du carré est là, et les alvéoles et cellules colorées de Vasarely tout autant, mais ces artistes deviennent une référence trop simpliste tant le travail de Taufenbach dépoussière et innove dans la perception et la façon si singulière d’appréhender l’image.

Cette systématisation litanique si minutieuse de l’image nous renvoie à une perception du portrait très déconcertante.

Nous sommes face à des visages inconnus, dans l’anonymat absolu d’images glanées au hasard du choix de l’artiste. Ces photographies n’ont plus d’identité et ne seraient que support décoratif mais l’artiste redonne vie et substance à ces visages éthérés sortis d’un passé nébuleux.

Par le prisme de ces images vierges de toute interprétation, l’imagination devient fertile.

Taufenbach va redonner matière, incarnation à ces portraits et à ces êtres, et par là tendre à l’universel en rendant soudainement sensible et intime ces clichés.

La mémoire de ces hommes et de ces femmes effleure chaque cliché, et la grande histoire, anonyme et globale, peut ainsi côtoyer la petite, intime et singulière, celle qui nous parle, celle qui est faite de ces clichés dormant dans un tiroir, la douce sensation nostalgique de retrouver des photos de famille, quelque chose qui interpelle notre mémoire collective.

Le pouvoir de mémoire et de temporalité des clichés de Taufenbach nous percute pour ne plus nous lâcher. Il est question du temps qui passe, de la présence au monde de chacun.

A l’instar d’un vieux film, la photographie nous place dans le temps et elle cherche à vouloir faire date pour ne pas tomber dans l’oubli, elle cherche à élaborer un récit, un scénario. La cinématographie dans l’oeuvre de Taufenbach est patente. Il utilise une répétition linéaire de l’image se déroulant telle une pellicule en mouvement où l’image parait indistincte et répétitive mais devient précise, cohérente et narrative si l’on fait un arrêt sur image.

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