sabrina-biancuzzi_shebd

Sabrina BIANCUZZI

By on 22 septembre 2016, in Non classé, Textes

Publication Sabrina Biancuzzi / Galerie Noorforart Contemporary, Dock Art Fair, septembre 2016

Il est des œuvres, sombres et lumineuses, d’une douce mélancolie, qui invariablement ont le langage de l’intime. Le travail magnétique de l’artiste Sabrina Biancuzzi nous entraine à pas feutrés dans un univers mystérieux, étrange et fantomatique.

Son travail photographique, uniquement en argentique, s’inscrit dans une véritable recherche plastique. L’artiste utilise d’anciens procédés techniques, cherchant inlassablement le rendu le plus juste de l’émotion. Telle une alchimiste, elle travaille au corps son image, la manipule, la peint, la transforme, la transcende. Photographe, mais aussi graveuse de formation, l’image devient pour elle la matrice, la plaque révélatrice, le lieu de toutes les transformations et de tous les possibles.

Biancuzzi va donner à ses photographies une présence pictorialiste. Elle enduit et travaille ses clichés de noirs épais et veloutés, un noir onctueux de nuit profonde qui nous plonge dans un univers trouble et onirique. Ces fragments de vie, elle les travaille, prend le temps de les peaufiner, de les caresser de ces noirs charbonneux, de les retravailler tel un peintre à son chevalet.

Il y a de la magie dans ces clichés, une sensibilité exacerbée contenue dans un silence d’église. Les présences sont absentes, et de ces absences Sabrina Biancuzzi tisse le fil de la vie.

Elle nous parle de ces lieux intimes et chers, disparus ou lointains, de ces êtres partis mais qui nous parlent encore. Des passages de la vie, de l’enfance perdue et d’un âge d’or révolu. Elle fixe cette beauté du désenchantement, cette poussière du temps, ces vestiges figés par quelques présences fantomatiques qui nous rappellent notre présence au monde, notre condition humaine, fil intime et ténu.

Ces photographies sont une plongée entre songe et réalité, des images au pouvoir onirique et crépusculaire qui parle du temps qui passe, de ce qui nous échappe, de la mort implacable et de la vie si fragile. Ces clichés s’érigent tels des vanités modernes, memento mori contemporains, pour mieux saisir l’instantanéité et la beauté fugace du monde, l’éphémère de nos jours.

sabrina-biancuzzi_jamais-on-n-a-vu_2

Sabrina Biancuzzi « Jamais on a vu »

Tel un conte enchanteur pour enfant, la beauté vénéneuse de ces images nous apprend à apprivoiser les fantômes et à amadouer les peurs, à flirter avec l’obscur, pour mieux embrasser la lumière.

On chemine du rêve au cauchemar. Le surnaturel, entre angoisse et désir, extrême beauté et trouble noirceur, s’invite dans chacune de ces oeuvres.

Sabrina Biancuzzi écrit le journal de l’intime, de ces petites émotions du quotidien, de ces petits riens qui font des grands tout. Avec labeur et patience, chaque image prend le temps de se raconter, de mettre à nu un instantané fugace dans une mélancolie contemplative. Dans l’épaisseur sensuelle de ces images émaillées de taches et de matière, dans cette corporalité de ces photographies tout un monde en gestation: figures évanescentes, présences animales et humaines se laissent apprivoiser. L’ensorcellement est puissant et toute résistance est inutile.

0

Reply