Johann FOURNIER

By on 4 novembre 2016, in Non classé, Textes

Publication Galerie Noorforart Contemporary

Le travail de Johann Fournier s’inscrit dans un rapport volontairement onirique de l’homme à la nature et à l’espace, questionnant radicalement le lien sensible qui unit le réel et la fiction.

Dans sa nouvelle série au titre si évocateur «Les rêveurs meurent en dormant» présentée par la galerie Noorforart pour Fotofever 2016, le jeune artiste développe un travail de photographies teintées de surréalisme à l’étrangeté prégnante et au magnétisme évident.

Une douce poésie mélancolique baigne chacune de ses images colorées,   à l’esthétisme chorégraphique très abouti.  Jouant sur des compositions très maîtrisées, l’artiste nous donne à voir l’envers des choses, la flottante nébuleuse qui embrassent  nos réalités. Il met en scène avec talent ce basculement abrupt vers le rêve. Il fait surgir ces zones d’ombre et fait danser un cortège de mondes intimes, chuchotés au creux des nuits.

Chaque cliché est une représentation hypnotique et  théâtrale d’une projection mentale intime et sensorielle. Les décors diffèrent : nature, bord de mer, désert, champs de fleurs … mais le postulat demeure le même : une présence humaine se veut comme endormie, ensorcelée. Le corps est flottant, souvent en lévitation.  Chamanisme des temps modernes, sorcellerie des nuits obscures, l’artiste fait des ces corps des fétus de pailles flottants, des corps ne répondant plus aux lois de la pesanteur mais soumis à un état léthargique où ils deviennent des présences éthérées, symboliques et absentes au monde réel. Les personnages sont très souvent seuls dans l’espace, solitude implacable de l’homme dans un monde sourd où l’imaginaire devient l’unique salut.    

Le sommeil est cet état de veille, et le songe notre sésame pour les abîmes de la nuit pour cette seconde vie fictionnelle où tout semble possible, et l’expérimentation totale. Johann Fournier décortique sa science des rêves en matérialisant par son médium photographique l’univers obscur et flamboyant des songes où palpitent la libération des désirs et des peurs. Avec pudeur, et une infinie poésie, l’expression de nos rêves prend vie sous nos yeux. L’artiste compose une partition où lui-même et d’autres êtres habitent leurs voyages.

Fausseté de la réalité, véracité des songes, la porosité d’un univers à l’autre est totale et l’on se perd dans le labyrinthe tortueux mais hypnotique des songes, fabuleux tremplin à l’imaginaire.

André Breton disait « je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue ». Fournier inocule le lyrisme du rêve dans la réalité plastique et physique de ces images. Il fait de la matière des songes cette «  réalité absolue  » réinjectant magistralement l’onirisme. Narcolepsie contemporaine, ne faudrait il pas s’échapper du réel en rêvant nos vies  et conjuguer la puissance de ces deux mondes  ?

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« Avec la grâce avec le ciel avec éclats » 2016 100x66cm ed.7

Fournier dans ses clichés tend à redonner toute la puissance démiurgique à l’homme qui lâche prise, au rêveur, à celui qui laisse palpiter les émotions pour laisser le champ libre à l’impulsion, à l’instant et à l’expérimentation spontanée des choses. Un lieu où le dormeur s’incarne en visionnaire. Par le truchement de ces images l’artiste décloisonne les schémas trop figés, déconstruit notre vision du monde réel et nous invite à  faire de même  : dépasser le rationnel.

Shakespeare dans la Tempête écrit «  nous sommes tissés de l’étoffe dont sont faits nos rêves, et notre vie infime est cernée de sommeil»

Il est grand temps, rêvons.      

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